2.Plus de 60h de travail par semaine en direction d’école

  • Quel poste occupez-vous ?

Je suis professeur des écoles, directrice d’une école de 12 classes, à mi-temps en classe, mi-temps au bureau.

– Depuis combien de temps enseignez-vous ?

Depuis 20 ans.

– Pour quel salaire ?

2450 + 150€ de primes de direction

– Pourquoi avoir choisi l’enseignement ?

Je voulais faire un métier qui me permette de continuer à apprendre, à me questionner, où je ne ferais jamais la même chose. J’ai commencé à enseigner avec des BTS, au bout de 3 ans, je m’ennuyais. Je suis passée en primaire, je ne me suis JAMAIS ennuyée !

– Quel moment de votre carrière vous a le plus rempli de joie ?

Quand d’anciens élèves que je croise dans la rue me sautent au cou et me parlent d’un livre lu, d’un voyage scolaire fait ensemble.

– Pourquoi êtes-vous fier d’être enseignant?

Parce que régulièrement, je participe à former des enfants, à leur ouvrir l’esprit.

– Qu’est-ce qui est le plus dur dans votre métier ?

L’impression de ne pas en faire assez pour chaque individu.

De travailler avec des enfants maltraités ou malades ou handicapés à qui je n’apporte pas ce dont ils ont besoin.

– Que pensez-vous de l’image des enseignants dans l’opinion publique ?

Je ne comprends pas l’animosité généralisée envers les enseignants. Tout le monde a un avis car tout le monde est allé à l’école mais très peu de personnes comprennent que notre travail n’est pas l’image qu’ils ont gardée de leur enfance.

– Quel rôle ont les politiques dans l’image des enseignants ?

Les politiques utilisent l’école et les enseignants comme des arguments de campagne .

« Taper » sur les enseignants pour se gagner la sympathie de certains électeurs mais mettre la priorité sur l’école pour rassurer ceux qui sont parents ou grand-parents.

Dans l’ensemble, leur manque de connaissance du métier et souvent leur mépris nous sont très préjudiciables.

– Que souhaitez-vous voir changer pour vos élèves?

Je souhaite pouvoir leur accorder le temps et l’attention dont CHACUN a besoin. Aujourd’hui, une petite minorité nous prend 80% de notre temps et de notre énergie, au détriment des autres.

Ces élèves ont des besoins différents qui ne sont pas non plus satisfaits en classe.

C’est un gâchis incroyable ! Des enseignants s’épuisent à gérer des enfants à qui ils n’apportent pratiquement rien (car leurs problèmes ne sont pas scolaires mais sociaux, familiaux, de santé, du handicap) et pendant ce temps, une grande majorité d’élèves se débrouillent avec quelques minutes d’attention dans la journée. J’ai souvent honte du peu de temps que je peux consacrer aux élèves « normaux ».

– Que souhaitez-vous voir changer pour vous?

Je veux avoir le temps de m’occuper de mes élèves pour les faire progresser. Arrêter d’en perdre à remplir de la paperasse pour « prouver » que je m’occupe de chacun et consacrer ce temps à les aider vraiment. Depuis 5 ans, je passe plus de temps à « me couvrir » en remplissant des PPRE, PAP, LSU etc… qu’à préparer du travail individualisé pour les élèves qui en ont besoin.

Je veux un salaire qui me permette d’élever décemment mes propres enfants. Il y a quelques années, je touchais la prime à l’emploi ! L’état lui-même considérait que je n’étais pas assez payée en étant seule avec 2 enfants et complétait mon salaire . C’est aberrant !

– Combien de temps travaillez-vous par semaine ?

50/60h en moyenne…. Un maximum de 72h 2 à 3 fois dans l’année.

– Travaillez-vous durant les vacances et combien d’heures par semaine ?

Toujours. Une semaine pendant les petites vacances, et l’été je « prends » 3 semaines maximum, le reste du temps, je prépare la rentrée ( la direction demande énormément de temps !)

Pendant les vacances, je travaille une trentaine d’heures per semaine .

– Racontez une anecdote douloureuse de votre vie d’enseignant avec vos élèves?

Un élève est revenu à 14 heures en larmes, avec des traces de coups et d’étranglement. Il m’a expliqué que c’était son père qui lui avait fait ça.

J’ai dû rédiger et transmettre à ma hiérarchie une information préoccupante (document de 3 à 4 pages) , contacter l’infirmière puis le médecin scolaire, la police, tout en faisant classe à 28 élèves, pour que l’enfant soit pris en charge avant 16h15 et ne soit pas obligé de retourner chez lui. J’ai dû faire attention à ce que les élèves n’entendent pas ce qu’il se passait pour préserver cet élève et la confidentialité. J’ai dû attendre qu’il n’y ait plus d’élèves autours de moi pour laisser couler mes larmes.

– Racontez une anecdote douloureuse de votre vie d’enseignant avec la hiérarchie ?

J’ai eu un accident du travail, blessée par un élève en crise de nerf. Quand j’ai prévenu mon inspecteur que j’étais arrêtée pour 2 semaines, sa seule réponse a été de m’envoyer un document pour que mon salaire de directrice ( ma prime) soit versée à un remplaçant. Son message : « À remplir et retourner à mon secrétariat. »

C’est violent d’être blessée, d’avoir mal à cause de son travail et de constater qu’en plus, votre chef ne pense qu’à vous prendre de l’argent pour vous remercier de votre investissement…

– Pourquoi continuez-vous à exercer ? Ou pas.

Pour mes élèves . Je sais que je leur apporte quelque-chose, tout comme eux m’apportent beaucoup …

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